Dictionnaire suisse de
politique sociale

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Politique criminelle

La politique criminelle est un " art " difficile, que chacun pourtant maîtrise si facilement, à l'heure de l'apéro, au Café du commerce... Elle devrait être la résultante, toujours fragile, du meilleur équilibre entre les moyens préventifs (proactifs) et les mesures répressives (réactives) qu'une société met en Ĺ“uvre pour tenter de maîtriser la criminalité et les divers problèmes qui y sont liés. Son but essentiel doit être le maintien de la qualité de la vie en société (meilleure " convivance " possible). Dans la poursuite de ce but, les défis sont nombreux puisqu'ils consistent à la fois à réduire le plus possible les risques et les dommages engendrés par la criminalité, tout en limitant au maximum les effets pervers causés par la lutte contre la criminalité, en particulier les atteintes aux droits et libertés fondamentaux des citoyens.
En matière d'élaboration et de réalisation d'une politique cohérente - qu'il s'agisse de politique sociale, familiale, criminelle ou autre - le système fédéraliste suisse ne facilite pas les choses. Tout au moins nécessiterait-il une meilleure réflexion d'ensemble et une collaboration plus efficace aux trois échelons du système politique suisse : fédéral (lois unifiées), cantonal (organisation coordonnée) et communal (politique de la ville par exemple). Les diverses connaissances acquises empiriquement par les " sciences criminelles " (criminologie, criminalistique, droit pénal, sociologie et psychologie criminelles notamment) constituent une base essentielle à partir de laquelle devrait être édifiée une politique criminelle rationnelle. Ce n'est encore que rarement le cas puisque les actions concrètes de " lutte contre le crime " sont régulièrement le fruit de marchandages politiques et résultent surtout de confrontations entre experts, politiciens, magistrats, associations et groupes de pression divers, sondages d'opinion et médias. Les exemples de telles confrontations ne manquent pas en Suisse : pensons par exemple aux débats liés à la politique de décriminalisation de l'avortement ou de l'euthanasie, de dépénalisation en matière de consommation de stupéfiants, de prévention de la violence (en milieux urbain ou scolaire), de lutte contre les diverses formes de la criminalité organisée (traite d'êtres humains, trafics de drogues ou d'armes, corruption, blanchiment d'argent, etc.). Enfin, ce que nos compatriotes alémaniques appellent la politique de la " sécurité intérieure " (innere Sicherheit, un concept qui n'a pas la cote en Suisse latine !) se heurte à une difficulté supplémentaire : les problèmes sociaux, y compris bien sûr ceux liés à la criminalité, ne sont pas limités aux frontières locales ou nationales, mais leurs dimensions transfrontalières et internationales sont toujours plus prégnantes (fossé Nord-Sud, pauvreté, migrations, libre échange, nouveaux moyens de communication, etc.).

Voir: Contrôle social Délinquance Droits de l'homme (Convention européenne des) Office fédéral de la police (OFP) Peines restrictives de droit (Peines de substitution) Prévention Prison (Privation de liberté) Victimes d'infractions (Loi fédérale sur l'aide aux) (LAVI)

Références:

  • P. Hebberecht, F. Sack (Éds), La prévention de la délinquance en Europe, L'Harmattan, Paris, 1997. - K.-L. Kunz, Kriminalpolitik in Entenhausen, Helbing & Lichtenhahn, Basel, 1999. - N. Queloz et al., Processus de corruption en Suisse, Résultats de recherche et stratégie de prévention et de riposte, Helbing & Lichtenhahn, Bâle/Genève, 2000. - P. Robert, Le citoyen, le crime et l'État, Librairie Droz, Genève/Paris, 1999. - L.-W. Sherman et al., Preventing Crime : What Works, What Doesn't, What's Promising, National Institute of Justice, Washington D.C., 1997.

    Nicolas Queloz


    Politique conjoncturelle Politique de la santé