Dictionnaire suisse de
politique sociale

Recherche sur
A - B - C - D - E - F - G - H

I - J - K - L - M - N - O - P

Q - R - S - T - U - V-Z

Isolement

Les termes isolement et solitude ont souvent été utilisés comme synonymes. Par ailleurs, chacun de ces termes est utilisé différemment selon les auteurs et les contextes de référence, ce qui amène à une confusion terminologique certaine.
Selon la terminologie sociologique, l'isolement est un isolement social, qui peut être défini comme un manque de réseau, une absence ou une pauvreté de contacts sociaux. Cette carence de liens est un état de fait objectif et mesurable.
L'isolement peut comprendre plusieurs dimensions :
- isolement résidentiel (ménages d'une personne),
- rareté ou absence de relations de voisinage, d'interactions familiales ou amicales,
- pauvreté des activités qui permettent des contacts et des échanges,
- absence de lien de couple.
Face à l'augmentation marquée du nombre de ménages d'une personne, l'isolement a souvent été associé à cette donnée, mais elle ne suffit pas à illustrer le phénomène. En effet, selon plusieurs recherches, les ménages d'une personne ont un réseau de relations beaucoup plus dense que les ménages à deux personnes ou plus.
De multiples transformations sociétales ont amené à l'apparition du phénomène d'isolement. En effet, chaque société et chaque époque produisent un type de lien social particulier. Tönnies soulignait, il y a déjà un siècle, le passage de la Gemeinschaft, société de statut, où chacun avait sa place définie et où la solidarité était de type familiale, à la Gesellschaft, société de contrat, axée sur les échanges, les réseaux, les liens que chacun doit construire et qui, de ce fait, requièrent une capacité à les créer et les maintenir. Ainsi, pour Kaufmann, " l'isolement contemporain est en rapport étroit avec le mouvement historique d'individualisation de la société, qui repose sur l'autonomie croissante des personnes ".
Les mutations démographiques et la mobilité géographique influencent également le réseau relationnel de chaque personne, mais il importe d'éviter les simplifications réductrices.
Certaines populations sont plus exposées que d'autres au risque d'isolement, à cause des ruptures de liens ou des difficultés à en créer que leur situation provoque : les personnes âgées, (cessation d'une activité professionnelle, décès des proches, départ des enfants) ; les femmes (difficile conciliation de la double insertion professionnelle et familiale, conséquences d'un divorce sur leur réseau social, plus grande longévité) ; les malades et handicapés (difficultés d'insertion sociale et professionnelle, mobilité difficile) ; les immigrés (rupture avec les réseaux d'origine), les chômeurs (perte du réseau de sociabilité lié à l'emploi).
L'isolement est un facteur de précarisation : il entraîne une fragilisation des actes de la vie quotidienne en cas d'atteinte à la santé et de perte d'autonomie, un risque de précarisation financière en l'absence de solidarités familiales. Pour plusieurs auteurs, une carence de réseau social est également un facteur de risque pour la santé (illustré notamment par la problématique de la sous-alimentation des personnes âgées).
L'isolement social est un des facteurs qui peuvent susciter un sentiment de solitude, sous l'influence également de la représentation sociale négative de l'isolement qui prévaut dans notre société. Phénomène aussi complexe que celui de la solitude, toute approche de l'isolement devra tenir compte des interrelations avec celle-ci.

Voir: Exclusion Lien social Pauvreté Solitude

Références:

  • C. Fry, Solitude et isolement : Approches pluridisciplinaires, Département de sociologie, Université de Genève, 2000. - J.-C. Kaufmann, Célibat, ménages d'une personne, isolement, solitude. Un état des savoirs, Commission des communautés européennes, Bruxelles, 1993.

    Colette Fry


    Invalidité Jeunes socialement vulnérabilisés