Dictionnaire suisse de
politique sociale

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Famille

La définition classique de Murdock " Groupe social caractérisée par la cohabitation et la coopération d'adultes des deux sexes, dont deux au moins entretiennent des relations sexuelles socialement approuvées et qui élèvent ensemble les enfants nés de cette union ou adoptés " ne fait plus aujourd'hui l'unanimité tant au plan institutionnel qu'au plan statistique : les cohabitations sans mariage, les familles monoparentales, les couples sans enfant, voire l'autonomie professionnelle des conjoints ou les formes de vie commune sans toit commun (" living apart together ") apparaissent comme autant de défis à une définition unique du groupe familial. On est alors amené soit à considérer chacune de ces variantes comme une forme " incomplète " de famille, risquant par là de lui appliquer à tort des stigmates de déficit ou de carence, soit à adopter une définition pluraliste qui noie son objet dans la notion de ménage ou de groupe domestique. Cette ambiguïté a d'ailleurs d'immédiates implications en matière de politique familiale : les sociétés occidentales semblent passer d'une régulation " moderne " de la famille - privilégiant l'unité du triangle classique mère, père, enfants - à une régulation " post-moderne " centrée sur des actions spécifiques ciblées sur l'un ou l'autre de ces acteurs en particulier.
Dans sa forme classique, la famille réunit les trois liens constitutifs de la parenté : le lien d'alliance (entre conjoints), celui de filiation (entre parents et enfants) et celui de germanité (entre frères et sÅ“urs). Mais on peut aussi les " découpler " et définir souplement la famille comme un groupe de personnes unies par un lien d'alliance (officiel ou officieux), de filiation ou de germanité et coopérant à leur développement ou leur épanouissement mutuels.
On parle de famille " nucléaire " pour désigner un groupe domestique qui ne comprend qu'un exemplaire de chacun de ces trois liens et de famille " étendue " pour approcher les situations dans lesquelles l'un ou plusieurs de ces liens se retrouvent à plusieurs exemplaires sous un même toit. La diffusion des familles " recomposées " (deuxièmes mariages) et des réseaux de parenté marqués par la dissociation des fondements juridique, biologique et social de la parenté (cas du " beau-père " notamment, mais aussi gardes conjointes ou alternées des enfants après divorce) vient toutefois limiter la clarté de cette distinction.
S'agissant du lien d'alliance, on distingue le mariage d'" affinité ", basé sur l'inclination mutuelle de conjoints libres de leur propre décision, du mariage d'" arrangement ", fondé sur l'influence déterminante de l'entourage et des coutumes tant dans le choix de l'état de mariage que dans celui du partenaire. Notons que, d'un point de vue ethno-historique, il serait faux de coupler systématiquement cette distinction à celle qui opposerait harmonie et violence.
Les variations culturelles du lien de filiation - caractérisé tantôt (comme dans nos sociétés) par sa bilatéralité (les enfants sont reliés symétriquement aux lignées maternelle et paternelle) et tantôt par l'unilinéarité (patrilinéarité ou matrilinéarité, les liens de parenté se développant surtout le long de l'un des lignages) - montrent bien, comme le dit Levi-Strauss, que la parenté n'est pas une simple copie des déterminismes biologiques, mais une institution sociale attribuant des droits et obligations précis à divers acteurs. En ce sens, on ne peut pas opposer brutalement les mérites d'une parenté " naturelle " aux défauts d'une parenté " artificielle ".
On distingue couramment, pour opposer sociétés traditionnelles et modernes, un mariage-institution, dont le but principal est la survie économique et sociale, à un mariage-compagnonnage à finalité essentiellement affective ou relationnelle. L'importance des heures ouvrées dans les familles modernes (de 25-50 heures/semaines en moyenne) aussi bien que l'allongement de la durée de prise en charge des enfants par les parents ou encore la permanence des fonctions de solidarité de la famille envers la parenté doivent pourtant apporter des sourdines à cette distinction.

Voir: Divorce Droit matrimonial Famille (Article constitutionnel sur la protection de la) Famille (Imposition de la) Famille (Politique de la) Famille monoparentale Famille recomposée Réseaux de sociabilité

Références:

  • J. Kellerhals, P.-Y. Troutot, E. Lazega, Microsociologie de la famille, Que Sais-Je ?, PUF, Paris, 1994. - G.-P. Murdock, La structure sociale, Payot, Paris, 1972. - L. Roussel, La famille incertaine, Odile Jacob, Paris, 1989. - F. Singly (Dir.), La famille : l'état des savoirs, La Découverte, Paris, 1991.

    Jean Kellerhals


    Faillite privée Famille (Article constitutionnel sur la protection de la)