Dictionnaire suisse de
politique sociale

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État-providence

L'État-providence est une réponse politique du XVIIIe siècle à l'augmentation de la protestation contre la paupérisation de masse issue de l'industrialisation sans règles (le capitalisme sauvage). Sa mise en place engendre une double dynamique d'expansion : par son succès, il sera régulièrement légitimé à effectuer de nouvelles interventions ; par sa dynamique interne (la bureaucratisation croissante), il renforcera sa compétence et l'envergure de son action. L'État-providence est donc un produit de la modernisation. Par ses interventions, il fournit protection sous forme d'assistance, d'assurance et de sécurité sociale. En outre, il introduit un nombre de droits en cas d'événements prédéfinis et un nombre de devoirs en forme de contribution fiscale. Ses effets sont multiples. Sa mise en place socialisera le marché en rendant le capitalisme " organisé ". L'État ne se limitera plus uniquement à la sauvegarde de la propriété privée et à la tutelle de l'ordre publique, mais il se fera interprète de valeurs que le marché n'est pas capable d'enregistrer : la justice distributive, la sécurité, le plein emploi, la défense des droits des ouvriers. Par la politique keynésienne qui débute dans les années trente, la politique du laisser-faire sera liquidée et l'État amené à un nouveau type de politique économique basée sur l'intervention systématique de l'État dans l'économie. Son devoir est, en effet, d'intervenir, à travers les moyens fiscaux, sur la propension à la consommation, d'intervenir dans le marché des investissements avec des propres initiatives, et enfin, de promouvoir une politique du plein emploi. Dans le modèle général de Keynes, l'initiative privée reste décisive, mais elle n'est plus le seul moteur du développement économique. L'État garantit en effet l'équilibre général, à travers sa politique d'investissement, en limitant la crise conjoncturelle. Socialement l'État-providence contribuera à une grande redistribution de la richesse en créant cette classe moyenne qui en sera la base et le point d'orientation. Politiquement il inaugurera le passage d'un monde politique en conflit à un monde politique en négociation et coalition. Le passage d'un marché autoréglé avec un État abstentionniste à un État protecteur dans un entourage de capitalisme organisé correspond donc à un mélange idéologique qui justifie le marché parce qu'il l'estime efficient et efficace dans l'allocation, mais qui permet aussi de limiter ce marché en donnant une importance politique centrale à la revendication socialiste de l'égalité et, dans une certaine mesure, de la fraternité. Dans ces deux tendances s'exprime un compromis pragmatique entre l'idéologie libérale et socialiste ; un compromis qui peut être vu comme base de l'État-providence (ledit compromis social-démocrate). Les politiques caractérisant l'histoire de succès de l'État-providence sont : l'expansion progressive des services publics comme l'école, l'habitation populaire, l'assistance médicale ; l'introduction d'un système fiscal basé sur les impôts relevés de façon progressive ; la mise en place d'une politique apte à défendre les droits des employés ; la redistribution de la richesse pour permettre la survie de tous les citoyens ; la mise en place d'un système de rente pour les anciens qui leur garantit une existence aussi après avoir exercé un métier ; une politique du plein emploi pour minimiser les effets néfastes d'un point de vue économique et social du chômage.
L'État-providence connaît son plus grand succès après la Grande Dépression (29) et surtout après la Deuxième Guerre mondiale. Si l'on parle aujourd'hui d'État-providence, on entend un ensemble d'institutions et de mesures publiques qui appartient à une phase historique spécifique avec un entourage idéologique et économique spécifique. Mais ces bases de l'État-providence sont aujourd'hui, plus exactement depuis les années soixante-dix, fortement discutées. On se trouve dans un autre type de société qu'on pourrait appeler " postmatérialiste " ; l'entourage idéologique qui permettait ce compromis social-démocrate entre les forces libérales et les forces de gauche s'est fortement fêlé, non pas seulement avec la venue des verts, mais en général avec la pluralisation des formes de vie. L'entourage économique de croissance continue, base de la politique de redistribution de l'État-providence, a aussi fortement changé : on admet l'impuissance face au chômage ; il y a une crise du concept de croissance dû aux effets non contrôlables sur l'environnement ; la politique keynésienne n'est plus appliquée parce qu'elle se basait sur l'endettement de l'État et la progressive compensation de ses dettes avec la relance économique induite par la politique d'investissement étatique. Enfin, même l'idée d'État-providence paraît entrer en crise, quand commencent à participer à la production du social de plus en plus d'autres acteurs que ceux étatiques (le passage de l'État-providence à une société du bien-être).

Voir: Ciblée (Politique) Démantèlement social État incitateur État-providence (Approches comparatives) État-providence (Modèles d') Sécurité sociale Syndicat

Références:

  • D. Bütschi et S. Cattacin, Le modèle suisse du bien-être, Réalités sociales, Lausanne, 1994. - J. Alber, Vom Armenhaus zum Wohlfahrtsstaat, Campus, Francfort sur-le-Main, 1982. - K. Polanyi, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, Paris, 1983.

    Sandro Cattacin


    État incitateur État-providence (Approches comparatives)